CAD/CAM : la conception et la prothèse numérique
CAD/CAM (CFAO) dentaire : flux empreinte numérique, conception et usinage, matériaux céramiques, ce que dit la littérature sur l'adaptation et la survie.
Rédigé et vérifié par la Dre Azelmat · Mis à jour le 9 juin 2026
En bref
Ce qu'est vraiment la CFAO/CAD-CAM, du scan à la prothèse usinée, et ce que la littérature dit de l'adaptation et de la survie des restaurations numériques, sans sur-promesse.
La conception et la fabrication assistées par ordinateur, désignées en français par le sigle CFAO et en anglais par CAD/CAM (Computer-Aided Design / Computer-Aided Manufacturing), regroupent un ensemble d’outils qui permettent de concevoir une prothèse dentaire sur ordinateur, puis de la fabriquer par usinage ou par impression. Concrètement, il s’agit de remplacer une partie des étapes manuelles de l’empreinte et de la fabrication par un flux numérique. C’est une technologie, pas un traitement en soi : elle sert à réaliser des couronnes, facettes, inlays-onlays et bridges, mais c’est l’indication clinique et le travail du praticien qui déterminent le résultat, pas la machine.
En tant que chirurgienne-dentiste à Kénitra, je propose ici une description factuelle et mesurée de la CFAO : ce qu’elle est, comment se déroule le flux du scan à la prothèse, quels matériaux sont employés, ce que la littérature dit de l’adaptation et de la survie des restaurations numériques, et où se situent ses limites. Le cabinet utilise un flux numérique CAD/CAM. Chaque affirmation renvoie à une source vérifiable, et aucun chiffre n’est présenté comme une garantie individuelle : ce sont des données d’études, à lire comme des probabilités.
Qu’est-ce que la CFAO / CAD-CAM en dentisterie ?
La CFAO est l’application à la prothèse dentaire de deux familles d’outils : la conception assistée par ordinateur (le design de la restauration sur un écran) et la fabrication assistée par ordinateur (la production automatisée de la pièce). Elle ne crée pas la dent : elle aide à concevoir et à usiner une restauration qui devra être adaptée, réglée et collée ou scellée par le praticien.
Une synthèse publiée dans Bioinformation (Maiti et collaborateurs, 2024) décrit le processus en trois temps : « la première étape consiste à capturer l’anatomie dentaire par scan optique pour créer une empreinte numérique ; la deuxième utilise un logiciel de CAO où le praticien conçoit la restauration sur ordinateur ; la dernière met en œuvre la FAO, où le dessin est envoyé vers une machine d’usinage ou une imprimante 3D ». Ces trois maillons — scan, conception, fabrication — forment la chaîne numérique.
Il existe deux grandes voies de fabrication. L’usinage soustractif part d’un bloc de matériau (céramique, par exemple) dans lequel une fraiseuse vient tailler la prothèse. L’impression 3D, additive, construit la pièce couche par couche. Les deux coexistent et ne servent pas les mêmes usages : l’usinage reste la référence pour les céramiques de couronnes et facettes, tandis que l’impression se développe surtout pour les modèles, guides et provisoires.
Le flux numérique : du scan à la prothèse
Le flux CAD/CAM remplace l’empreinte en pâte par une acquisition numérique, puis enchaîne conception et fabrication. Schématiquement, il comporte les étapes suivantes :
- L’empreinte numérique. Un scanner intra-oral relève la forme de la dent préparée, des dents voisines et de l’occlusion, et produit un modèle 3D. Cette étape, ses indications et ses limites sont détaillées dans notre article sur l’empreinte numérique au scanner intra-oral.
- La conception (CAO). Sur ce modèle, le praticien ou le prothésiste dessine la restauration : forme, points de contact, occlusion, limites marginales. Le logiciel propose une morphologie que l’on ajuste au cas.
- La fabrication (FAO). Le projet est transféré vers une fraiseuse ou une imprimante. La pièce est usinée dans un bloc, puis finie (maquillage, glaçage, cuisson de cristallisation pour certaines céramiques).
- L’essayage et la pose. La restauration est essayée en bouche, son adaptation et son occlusion sont vérifiées et réglées, puis elle est collée ou scellée.
Ce flux peut être entièrement numérique (scan direct au fauteuil) ou hybride (empreinte conventionnelle puis scan du modèle au laboratoire). La distinction a son importance pour l’adaptation, comme on le verra plus loin.
Les matériaux des restaurations CAD-CAM
La CFAO ne définit pas un matériau, mais une manière de fabriquer ; plusieurs familles de blocs sont disponibles, chacune avec son compromis entre esthétique et résistance.
- Le disilicate de lithium est une vitrocéramique renforcée, esthétique et suffisamment résistante pour de nombreuses couronnes unitaires antérieures et prémolaires. La synthèse de Maiti et collaborateurs (Bioinformation, 2024) lui attribue une résistance à la flexion supérieure à 350 MPa.
- La zircone (oxyde de zirconium) est nettement plus résistante — la même source cite une résistance à la flexion de 500 à 1200 MPa — ce qui la destine aux secteurs très sollicités et aux patients qui serrent ou grincent des dents.
- Les céramiques hybrides et les composites usinables offrent une bonne usinabilité et un comportement intermédiaire.
Le choix du matériau se fait selon la position de la dent, les forces masticatoires et les attentes esthétiques, exactement comme pour une prothèse conventionnelle. Ce sujet est développé dans nos articles sur la couronne en céramique ou zircone et sur les facettes dentaires en céramique. La CFAO est l’outil de mise en forme ; le matériau et l’indication restent les vraies variables cliniques.
Ce que dit la littérature sur l’adaptation
L’argument le plus souvent avancé en faveur du numérique est la précision de l’ajustage, c’est-à-dire l’adaptation marginale et interne de la prothèse. Les données vont globalement dans ce sens, mais avec des nuances.
Une revue systématique d’Arcuri et collaborateurs (Journal of Biological Regulators and Homeostatic Agents, 2019), portant sur des restaurations tout-céramique évaluées in vivo, a conclu que « les restaurations CAD/CAM obtenues au moyen d’un scanner intra-oral présentent une meilleure adaptation marginale et interne que celles obtenues par empreinte conventionnelle puis numérisation au laboratoire ». Autrement dit, le flux numérique direct constitue une alternative valable, voire favorable, au flux indirect pour l’ajustage.
Une revue parapluie plus récente (Singh et collaborateurs, Cureus, 2025) confirme que les scanners intra-oraux offrent une précision cliniquement acceptable pour les restaurations unitaires et de petite étendue. Elle apporte cependant une réserve nette : leur précision diminue dans les cas complexes, notamment les grandes arcades et les situations d’édentement, où « des flux conventionnels ou hybrides peuvent rester préférables ». La supériorité du numérique n’est donc pas universelle : elle dépend de l’étendue et du contexte clinique.
Ce que dit la littérature sur la survie
Une bonne adaptation ne garantit pas la longévité. Sur ce point, les restaurations CAD/CAM bénéficient d’un recul appréciable, surtout pour les pièces unitaires.
Pour les restaurations réalisées au fauteuil, la revue de Fasbinder (Journal of the American Dental Association, 2006) rapportait une probabilité de survie des restaurations générées par le système CEREC « d’environ 97 % à cinq ans et de 90 % à dix ans », le mode d’échec principal étant la fracture de la céramique. À très long terme, une série d’Otto (International Journal of Computerized Dentistry, 2017) a suivi des inlays et onlays CEREC 1 et observé une survie d’environ 87,5 % jusqu’à 27 ans selon l’analyse de Kaplan-Meier — un résultat qu’il qualifie de « hautement acceptable » pour des restaurations en cabinet privé.
Pour le disilicate de lithium spécifiquement, la revue de Pieger, Salman et Bidra (Journal of Prosthetic Dentistry, 2014) a rapporté une survie cumulée des couronnes unitaires d’environ 100 % à deux ans et 97,8 % à cinq ans. Pour les bridges tout-céramique fabriqués en CFAO, la revue et méta-analyse de Saravi et collaborateurs (Materials, 2021) a rapporté des survies à cinq ans de l’ordre de 89,7 % à 91,1 %, la carie secondaire étant la première cause d’échec et l’éclat de la céramique cosmétique (« chipping ») la complication la plus fréquente.
| Type de restauration CAD-CAM | Survie rapportée | Source |
|---|---|---|
| Restaurations au fauteuil (CEREC) | ≈ 97 % à 5 ans, ≈ 90 % à 10 ans | Fasbinder, JADA 2006 |
| Inlays/onlays CEREC 1 | ≈ 87,5 % jusqu’à 27 ans | Otto, Int J Comput Dent 2017 |
| Couronnes en disilicate de lithium | ≈ 97,8 % à 5 ans | Pieger et coll., J Prosthet Dent 2014 |
| Bridges tout-céramique | ≈ 89,7 à 91,1 % à 5 ans | Saravi et coll., Materials 2021 |
Ces chiffres sont des taux de survie issus d’études, pas une promesse pour une prothèse donnée. La longévité dépend autant de la dent support, de l’occlusion, de l’hygiène et des habitudes du patient que de la technologie de fabrication.
La restauration en une séance : possible, mais pas systématique
L’un des atouts mis en avant par la CFAO au fauteuil est la possibilité de concevoir et d’usiner certaines restaurations dans la même séance, sans empreinte en pâte ni prothèse provisoire en attendant le laboratoire. C’est réel, et les données de survie ci-dessus concernent en partie ce flux.
Mais ce n’est ni automatique ni adapté à tous les cas. La faisabilité en une séance dépend du type de restauration (une couronne unitaire postérieure n’est pas un bridge complexe), du matériau choisi — certaines céramiques nécessitent une cuisson ou un maquillage qui allongent le délai — et des exigences esthétiques, le secteur antérieur réclamant souvent un travail prothétique plus fin. Présenter la restauration en une seule visite comme un standard valable partout serait une sur-promesse. C’est une option utile dans des cas sélectionnés, pas une règle générale.
Les limites de la CFAO
Une information honnête suppose de nommer les limites de cette technologie.
D’abord, le numérique ne supprime pas les contraintes cliniques : une limite de préparation mal visible, une gencive qui saigne ou une humidité excessive dégradent le scan comme elles dégradent une empreinte conventionnelle. La qualité du résultat dépend d’abord de la préparation et du contrôle de l’environnement.
Ensuite, la supériorité n’est pas systématique. La revue parapluie de Singh et collaborateurs (Cureus, 2025) souligne les limites des scanners sur les grandes arcades et les cas édentés. Et la revue et méta-analyse d’Aswal et collaborateurs (Cureus, 2023), comparant des couronnes et bridges CAD/CAM (disilicate de lithium et zircone) à des restaurations conventionnelles, a conclu à des comportements biologiques, techniques et esthétiques « globalement similaires », tout en observant « davantage de complications biologiques, techniques et esthétiques dans le groupe CAD/CAM que dans le groupe conventionnel » dans leur analyse. Les auteurs estiment que les techniques de CFAO « doivent encore évoluer » pour dépasser les techniques conventionnelles. Cette nuance est importante : la CFAO est un outil performant et commode, pas une garantie de supériorité clinique sur le travail conventionnel bien conduit.
Enfin, une prothèse, même parfaitement conçue numériquement, reste soumise au vieillissement, à l’usure et aux mêmes complications que toute restauration : carie au joint, fracture, descellement. Le suivi régulier et l’hygiène restent indispensables.
En résumé
La CFAO / CAD-CAM est une chaîne numérique — scan, conception, fabrication — qui permet de concevoir et d’usiner des prothèses dentaires en céramique, du disilicate de lithium à la zircone. La littérature indique une adaptation marginale au moins comparable, souvent meilleure, avec le flux numérique direct pour les restaurations unitaires (Arcuri et coll., 2019), des survies favorables à moyen et long terme (environ 97 % à 5 ans pour les restaurations au fauteuil selon Fasbinder, 2006), et la possibilité, dans des cas sélectionnés, d’une restauration en une séance. Mais ce n’est pas une supériorité universelle : les scanners ont leurs limites sur les grandes arcades, les complications existent (Aswal et coll., 2023), et aucune durée de vie n’est garantie. La CFAO est un outil au service de l’indication et du suivi, pas un substitut à l’un ou à l’autre.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la CFAO ou CAD/CAM en dentisterie ?
Une prothèse CAD/CAM s'adapte-t-elle mieux qu'une prothèse conventionnelle ?
Combien de temps dure une couronne réalisée en CAD/CAM ?
Peut-on vraiment avoir sa prothèse en une seule séance ?
Quels matériaux utilise-t-on en prothèse numérique ?
Le CAD/CAM est-il toujours supérieur au travail conventionnel ?
Sources
Références médicales consultées pour cet article.
- 1Maiti N et al., Application of CAD-CAM in Dentistry, Bioinformation, 2024 (définition, flux en trois temps, matériaux)
- 2Arcuri L et al., Fit evaluation of CAD/CAM fabricated all-ceramic restorations based on direct and indirect digitalization in vivo (revue systématique), J Biol Regul Homeost Agents, 2019
- 3Singh S et al., Accuracy and Clinical Performance of Intraoral Scanners Compared to Conventional and Extraoral Impressions (revue parapluie), Cureus, 2025
- 4Fasbinder DJ, Clinical performance of chairside CAD/CAM restorations, Journal of the American Dental Association, 2006
- 5Otto T, Up to 27-years clinical long-term results of chairside Cerec 1 CAD/CAM inlays and onlays, International Journal of Computerized Dentistry, 2017
- 6Pieger S, Salman A, Bidra AS, Clinical outcomes of lithium disilicate single crowns and partial fixed dental prostheses (revue systématique), Journal of Prosthetic Dentistry, 2014
- 7Saravi B et al., Clinical Performance of CAD/CAM All-Ceramic Tooth-Supported Fixed Dental Prostheses (revue systématique et méta-analyse), Materials, 2021
- 8Aswal GS et al., Clinical Outcomes of CAD/CAM (Lithium disilicate and Zirconia) Based and Conventional Full Crowns and Fixed Partial Dentures (revue systématique et méta-analyse), Cureus, 2023
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