Parodontologie

Récession gingivale : causes, risques et traitement

Récession gingivale : définition, classification de Cairo (RT1, RT2, RT3), causes, conséquences et traitement par chirurgie muco-gingivale, sans promesse.

Relecture clinique en attenteMis à jour le

Soignante en tenue bleu-gris désignant les dents d’un modèle de mâchoire avec une sonde, face à une patiente vue de dos
Photo d’illustration avec modèles, sans lien avec les patients ou l’équipe du cabinet. Cedric Fauntleroy / Pexels
En bref
Quand la gencive se retire et découvre la racine : ce que signifie une récession, ses causes, ses risques et ce que la chirurgie muco-gingivale peut, ou non, recouvrir.

En bref : une récession gingivale, ou rétraction des gencives, est un recul de la gencive qui découvre la racine et donne l’impression d’une dent plus longue. Ses causes se combinent souvent : maladie parodontale, brossage traumatique, gencive fine ou dent mal positionnée. La gencive ne repousse pas d’elle-même, mais corriger la cause permet souvent d’en arrêter la progression ; un examen précise ce qui peut être fait.

La récession gingivale, ce que l’on appelle souvent un déchaussement, désigne le déplacement de la gencive vers le bas, qui découvre une partie de la racine de la dent. Selon le rapport de consensus de Cortellini et Bissada, publié en 2018 dans le Journal of Clinical Periodontology à l’issue du workshop mondial sur les maladies parodontales, cette exposition de la surface radiculaire s’accompagne fréquemment d’une gêne esthétique, d’une hypersensibilité dentinaire et de lésions cervicales, cariées ou non.

Autrement dit, une gencive qui se retire n’est pas qu’une question d’apparence : elle expose un tissu, le cément puis la dentine, qui n’est pas conçu pour rester à nu.

Le mot « déchaussement » sert d’ailleurs, dans le langage courant, à désigner deux choses : la gencive qui descend sur la racine, sujet de cet article, et la perte de l’os qui tient la dent, due à la parodontite. Les deux peuvent se voir ensemble, mais ne se traitent pas de la même façon.

Une précision s’impose d’emblée, car elle conditionne tout le reste : la gencive ne repousse pas spontanément. Une fois la récession installée, on ne récupère pas le tissu perdu par un simple changement d’habitudes. On peut, en revanche, en arrêter la progression en corrigeant les causes, et parfois recouvrir la racine par une chirurgie muco-gingivale.

Mais ce recouvrement n’est ni systématique ni garanti : sa prévisibilité dépend du type de récession. Cet article décrit la définition, la classification de référence, les causes vérifiées, les risques réels et les limites du traitement, sans rien promettre que les données ne soutiennent.

Qu’est-ce qu’une récession gingivale ?

La récession gingivale correspond à la migration du bord de la gencive en direction de la racine, en dessous de la jonction entre l’émail et le cément. Dans le langage courant, on parle aussi de rétraction ou de rétractation des gencives, ou de gencives qui se rétractent. La partie de la dent normalement protégée par la gencive se retrouve exposée. C’est ce qui donne l’impression que la dent « s’allonge ».

Illustration dentaire pédagogique montrant la migration de la gencive exposant la racine et les tubules dentinaires sensibles.
la migration de la gencive exposant la racine et les tubules dentinaires sensibles. Illustration pédagogique générée par IA, schéma simplifié sans diagnostic individuel.

L’Assurance Maladie (ameli.fr) décrit ce phénomène dans le cadre des maladies des gencives : lorsque la parodontite progresse, les dents se déchaussent, la partie visible semble s’allonger et les dents deviennent hypersensibles en raison de la dénudation des racines. La récession peut toutefois exister en dehors de toute parodontite active, par exemple chez une personne à l’hygiène irréprochable mais au tissu gingival fin. C’est ce qui en fait une situation à la fois fréquente et de causes multiples.

Il est utile de distinguer la récession, qui est un signe clinique, de la gingivite et de la parodontite, qui sont des maladies. Pour comprendre cette frontière entre une simple inflammation et une atteinte des tissus de soutien, notre article parodontite ou gingivite, comprendre la différence apporte les repères essentiels.

Gencive qui se rétracte ou qui recule : comment la reconnaître ?

Une gencive qui se rétracte, qui recule ou qui diminue correspond à une récession gingivale, appelée aussi rétraction gingivale. Vous la remarquez le plus souvent à une dent qui paraît plus longue que ses voisines. Au ras de la gencive, une bande plus jaune peut apparaître : c’est la racine, qui n’est pas recouverte d’émail.

D’autres signes peuvent l’accompagner :

  • une sensibilité au froid ou au brossage, localisée au collet de la dent ;
  • une petite marche ou un creux, que la langue sent au ras de la gencive ;
  • un bord de gencive qui n’est plus à la même hauteur que sur les dents voisines.

Les récessions gingivales peuvent toucher une seule dent ou plusieurs. Le miroir montre la gencive, pas l’os qui la soutient : l’examen avec sondage dit si la récession s’accompagne d’une perte d’attache entre les dents.

La classification de Cairo : RT1, RT2, RT3

Pour décrire une récession et estimer ce qu’un traitement peut en attendre, les parodontistes utilisent aujourd’hui la classification proposée par Cairo et ses collaborateurs, publiée en 2011 dans le Journal of Clinical Periodontology. Elle a largement remplacé l’ancienne classification de Miller, car elle repose sur un critère plus reproductible : le niveau d’attache au niveau des espaces entre les dents, c’est-à-dire en interproximal.

Illustration dentaire pédagogique montrant la différence anatomique entre les récessions Cairo RT1, RT2 et RT3 selon l’attache interproximale.
la différence anatomique entre les récessions Cairo RT1, RT2 et RT3 selon l’attache interproximale. Illustration pédagogique générée par IA, schéma simplifié sans diagnostic individuel.

Le principe est le suivant. On compare la perte d’attache mesurée sur la face vestibulaire (côté joue ou lèvre, là où la récession est visible) à celle mesurée entre les dents.

Type Définition (perte d’attache interproximale) Conséquence pratique
RT1 Aucune perte d’attache interproximale Recouvrement complet de la racine envisageable
RT2 Perte interproximale inférieure ou égale à la perte vestibulaire Recouvrement partiel à complet possible, moins prévisible
RT3 Perte interproximale supérieure à la perte vestibulaire Recouvrement complet non prévisible

Selon l’étude de Cairo, ce classement n’est pas qu’une étiquette : il prédit de façon statistiquement significative le résultat du recouvrement radiculaire à six mois. Une étude de fiabilité publiée en 2024 dans la revue Medicina (Fageeh et coll.) confirme que cette lecture, fondée sur l’attache interproximale, est plus reproductible entre praticiens que l’ancien système.

Concrètement, plus l’os et l’attache entre les dents sont préservés (RT1), plus on peut espérer recouvrir la racine ; lorsque cette attache interproximale est elle-même détruite (RT3), le tissu manque de support et le recouvrement complet n’est plus prévisible. Cette nuance est au cœur d’un discours honnête : le pronostic se décide avant l’intervention, pas pendant.

Quelles sont les causes d’une gencive qui se retire ?

La récession est presque toujours multifactorielle. Le consensus de 2018 (Cortellini et Bissada) et la littérature parodontale décrivent plusieurs grands ensembles de causes, qui souvent se combinent.

Le brossage traumatique

Un brossage trop appuyé, une brosse à poils durs ou une technique horizontale agressive sont régulièrement mis en cause. Il faut toutefois rester précis sur ce que dit la science. La revue systématique de Heasman et collaborateurs, publiée en 2015 dans le Journal of Clinical Periodontology, conclut que les données permettant d’affirmer ou d’infirmer un lien direct entre le brossage et la récession restent largement non concluantes.

Le brossage traumatique est un facteur plausible et fréquemment associé, mais la preuve d’une causalité simple n’est pas établie.

La conclusion pratique reste prudente et raisonnable : un brossage doux ne peut pas nuire, et il est sage de corriger une technique agressive sans pour autant désigner le brossage comme seul coupable.

La maladie parodontale

La parodontite détruit l’os et l’attache qui soutiennent la dent. Cette perte se traduit, sur la face vestibulaire, par une migration de la gencive : c’est la récession d’origine parodontale, typiquement de type RT2 ou RT3, puisque l’attache interproximale est elle aussi atteinte. Ici, la récession est le symptôme d’une maladie active qu’il faut d’abord stabiliser.

Les facteurs anatomiques

Certaines bouches sont prédisposées indépendamment de l’hygiène. Le rapport de 2018 souligne que les biotypes parodontaux fins, c’est-à-dire une gencive mince et peu de tissu kératinisé, sont plus à risque de développer une récession. S’y ajoutent :

  • les malpositions dentaires : une dent en dehors de l’arcade est recouverte d’une gencive et d’un os plus fins, donc plus fragiles ;
  • les freins et brides muqueuses dont la traction tire sur le bord de la gencive ;
  • une table osseuse fine ou déhiscente sous la gencive, qui n’offre qu’un support limité.

Ces éléments expliquent pourquoi une récession peut apparaître sur une seule dent, chez une personne par ailleurs en bonne santé bucco-dentaire.

Gencives qui se rétractent : d’autres causes possibles

D’autres facteurs peuvent s’ajouter aux précédents. Selon le consensus de 2018 (Cortellini et Bissada), une hygiène insuffisante, un traitement orthodontique et des restaurations placées au collet de la dent, comme certaines obturations ou couronnes, pourraient augmenter le risque de récession.

La Cleveland Clinic cite aussi le tabac, fumé ou chiqué, et les piercings de la lèvre ou de la langue. La même revue rappelle que les récessions sont fréquentes chez l’adulte, tendent à augmenter avec l’âge et touchent aussi bien des personnes à l’hygiène soignée que moins soignée.

Le grincement des dents est souvent cité, au motif que les forces excessives qu’il exerce useraient le collet de la dent. La revue de Fan et Caton, publiée en 2018 pour le même workshop, conclut pourtant que ces forces ne déclenchent pas de perte d’attache et qu’aucune donnée crédible ne fait de cette usure du collet, appelée abfraction, une cause de récession.

En présence d’une parodontite, des données faibles suggèrent seulement qu’elles pourraient en accélérer l’évolution. Le bruxisme se prend donc en charge pour ses propres conséquences, comme l’usure des dents, plutôt que comme l’explication d’une gencive qui se retire.

Dents plus longues, espaces entre les dents : est-ce l’os qui s’en va ?

Une dent qui paraît plus longue signifie que le bord de la gencive est descendu sur la racine. Cela peut arriver alors que l’os entre les dents est intact : c’est le cas d’une récession de type RT1, sans parodontite.

En revanche, lorsque des espaces s’ouvrent entre les dents, que les dents de devant se décalent ou s’écartent vers l’avant, ou qu’une dent bouge, une perte de l’os et de l’attache devient plus probable : la recommandation européenne sur les formes avancées de parodontite associe ces déplacements à une perte d’attache importante (Herrera et coll., 2022).

Le miroir ne permet pas de trancher. Le sondage entre les dents et la radiographie, eux, montrent si l’attache interproximale est touchée, ce qui situe aussi la récession dans la classification de Cairo. La radiographie montre en particulier les pertes osseuses entre les dents, invisibles sous la gencive. Quand une dent bouge ou que les dents se décalent, l’article une dent qui bouge, des gencives qui saignent décrit l’ordre des examens, et le guide de lecture de l’examen parodontal explique ses chiffres.

Quels sont les risques et les conséquences ?

Une racine exposée n’est pas un simple problème esthétique, même si l’esthétique compte beaucoup pour les patients. Le consensus de 2018 retient trois conséquences principales.

Illustration dentaire pédagogique montrant la prise en charge graduée corrigeant d’abord les causes avant un éventuel recouvrement radiculaire.
la prise en charge graduée corrigeant d’abord les causes avant un éventuel recouvrement radiculaire. Illustration pédagogique générée par IA, schéma simplifié sans diagnostic individuel.

L’hypersensibilité

La racine n’est pas protégée par l’émail. Une fois le fin cément usé, la dentine se trouve à nu, et ses tubules transmettent la douleur au froid, au chaud, à l’acide ou au contact. C’est l’une des plaintes les plus fréquentes liées à la récession. Le mécanisme et les solutions sont détaillés dans notre article sur la sensibilité dentaire au froid et au chaud.

Le risque de carie radiculaire

La surface radiculaire exposée est plus vulnérable à la carie que l’émail. Le consensus de 2018 cite explicitement les lésions cervicales, cariées comme non cariées, parmi les conséquences de l’exposition radiculaire. La zone du collet est aussi plus difficile à nettoyer correctement, ce qui entretient le risque.

L’esthétique et la progression

La dent paraît plus longue, parfois avec un liseré jaunâtre de racine visible, surtout sur les dents du sourire. Au-delà de l’apparence, une récession non prise en charge peut continuer de progresser si la cause persiste. Il ne s’agit donc pas seulement de confort visuel, mais aussi de préserver l’avenir de la dent.

Récession gingivale : quand s’inquiéter ?

Une récession stable, sans gêne et facile à nettoyer peut simplement être surveillée. Elle mérite un examen quand elle évolue ou s’accompagne d’autres signes. Consultez si :

  • la gencive continue de reculer d’un contrôle à l’autre, ou la dent paraît s’allonger avec le temps ;
  • la sensibilité au froid, au chaud ou au brossage devient gênante ;
  • la gencive saigne, rougit ou gonfle ;
  • des espaces s’ouvrent entre les dents, ou une dent bouge ;
  • une tache brune ou un creux apparaît sur la racine découverte.

Ces signes ne disent pas, à eux seuls, ce qui se passe. Le sondage et, si besoin, une radiographie précisent la cause et le type de récession, et donc ce qu’un traitement peut apporter.

Comment prend-on en charge une récession gingivale ?

La démarche logique est toujours la même : corriger d’abord les causes, puis envisager un recouvrement seulement quand il est indiqué et réaliste.

Première étape : corriger les causes

Avant toute chirurgie, on s’attaque à ce qui a provoqué la récession. Cela passe par l’apprentissage d’une technique de brossage douce, l’usage d’une brosse souple, l’arrêt des gestes traumatiques, et, lorsque la cause est parodontale, la stabilisation de la maladie.

Une parodontite active doit être traitée avant d’envisager tout geste de recouvrement, faute de quoi le résultat serait compromis. Le détartrage et le surfaçage radiculaire constituent le socle de cette phase ; le sujet est développé dans notre article sur les gencives qui saignent, causes et conduite à tenir.

Dans bien des cas, cette première étape suffit : on n’arrête pas une récession en la recouvrant, on l’arrête en supprimant sa cause. La chirurgie ne vient qu’ensuite, et seulement si elle apporte un bénéfice attendu.

Deuxième étape : le recouvrement radiculaire

Quand un recouvrement est indiqué, par exemple pour une récession qui progresse, une hypersensibilité rebelle ou une demande esthétique sur le sourire, on a recours à la chirurgie muco-gingivale. La revue systématique Cochrane de Chambrone et collaborateurs, mise à jour en 2018, a comparé les différentes techniques de recouvrement.

Sa conclusion la plus solide est que la greffe de tissu conjonctif enfoui, prélevée le plus souvent au palais et associée à un lambeau déplacé coronairement, reste la référence lorsque l’on recherche à la fois le recouvrement de la racine et un gain de gencive attachée.

Il faut citer cette revue avec la même rigueur qu’elle s’applique à elle-même : les auteurs soulignent que la qualité globale des preuves est faible à très faible, en raison de l’hétérogénéité des études et des risques de biais. Cela ne disqualifie pas la greffe de tissu conjonctif, qui demeure la mieux documentée, mais cela invite à la modestie sur les chiffres et à individualiser chaque indication.

Au cabinet, à Kénitra, ces gestes relèvent de la microchirurgie muco-gingivale, réalisée sous grossissement pour ménager les tissus et favoriser une cicatrisation discrète. C’est une chirurgie fine, délicate, qui ne s’adresse pas à toutes les récessions.

La greffe de gencive, concrètement

Pourquoi la proposer ? D’abord pour protéger une racine exposée et sensible, rôle que l’Assurance Maladie attribue aux greffes de gencive.

Ensuite lorsque la gencive est fine à cet endroit, ce qui la rend plus fragile, ou lorsque la récession s’aggrave d’une mesure à l’autre : la revue de Chambrone et Tatakis (2016) montre que des récessions non traitées ont une forte probabilité de progresser avec les années, même chez des personnes à l’hygiène soignée. La demande esthétique compte aussi, mais elle vient après ces raisons.

Est-elle nécessaire dans votre cas ? Pas forcément. Une récession stable d’une mesure à l’autre, sans sensibilité gênante, avec une gencive assez épaisse et facile à nettoyer, peut simplement être surveillée. La greffe se discute lorsque l’un des éléments ci-dessus est présent, et après correction des causes.

Le jour de l’intervention. Elle se fait sous anesthésie locale. Le plus souvent, un fin morceau de tissu est prélevé au palais, puis placé et fixé sur la racine à couvrir.

Et le palais ? C’est souvent lui qui se fait le plus sentir. Selon une revue systématique publiée en 2025 (Chong et coll.), la douleur du site de prélèvement est la plus marquée pendant les trois premiers jours, puis diminue progressivement ; des pansements ou des protections du palais peuvent la réduire. Une sensation de brûlure, un léger saignement, une sensibilité modifiée ou un changement passager dans la façon de manger sont aussi décrits. Suivez les consignes données après l’intervention.

La cicatrisation. La gencive et le palais cicatrisent au fil des semaines qui suivent. Le résultat du recouvrement s’apprécie après plusieurs mois, pas dans les premiers jours.

La place du PRF de Choukroun

Le PRF, ou fibrine riche en plaquettes selon la technique de Choukroun, est un concentré préparé à partir d’une petite prise de sang du patient, utilisé comme adjuvant lors de certaines interventions. Sa place doit être présentée sans excès.

La méta-analyse de Mancini et collaborateurs, publiée en 2021 dans la revue Medicina, conclut que l’ajout de PRF à un lambeau seul peut améliorer certains paramètres, mais que la greffe de tissu conjonctif reste le traitement de référence pour le recouvrement radiculaire.

Lorsqu’on dispose déjà d’une greffe, l’ajout de PRF n’apporte pas de bénéfice démontré sur le recouvrement.

Son intérêt principal, selon cette analyse, se situe plutôt du côté du confort post-opératoire. Le PRF est donc un complément utile dans des situations précises, pas une alternative miracle à la greffe.

Peut-on guérir une récession ? La question de la prévisibilité

C’est le point sur lequel il faut être le plus honnête. On ne « guérit » pas une récession au sens où la gencive reviendrait spontanément : le tissu perdu ne se reconstitue pas seul. Ce que l’on peut faire, c’est arrêter la progression en corrigeant la cause, et, dans des cas sélectionnés, recouvrir la racine par chirurgie.

La prévisibilité de ce recouvrement dépend directement du type de Cairo. Pour une récession RT1, avec une attache interproximale intacte, le recouvrement complet est un objectif réaliste. Pour une RT2, il devient partiel à complet, mais moins prévisible.

Pour une RT3, où l’attache entre les dents est elle-même détruite, le recouvrement complet n’est plus prévisible, et l’on vise alors une amélioration plutôt qu’une couverture totale. Cette logique, issue des travaux de Cairo, est la raison pour laquelle un examen avec sondage précis précède toujours toute proposition chirurgicale.

Le résultat dépend aussi de facteurs individuels : épaisseur du tissu, tabac, hygiène, profondeur de la récession. Annoncer un recouvrement complet garanti, quel que soit le cas, ne serait pas conforme à ce que montre la littérature. L’objectif réaliste est une amélioration durable du recouvrement, de la sensibilité et de l’esthétique, adaptée à chaque situation.

Comment prévenir le déchaussement et la récession ?

Les mêmes gestes protègent la gencive avant et après l’apparition d’une récession :

  • une brosse à dents souple, utilisée sans appuyer, plutôt qu’un frottement horizontal énergique ;
  • un nettoyage quotidien entre les dents, au fil dentaire ou aux brossettes adaptées à chaque espace, en douceur, car un fil forcé ou une brossette trop grande peuvent blesser le bord de la gencive ;
  • le traitement précoce des maladies parodontales, l’autre grande cause de déchaussement ;
  • une surveillance régulière des zones fragiles : en l’absence de maladie, le consensus de 2018 estime que la surveillance des sites concernés semble l’approche appropriée.

À retenir

  • La récession gingivale est le déplacement de la gencive qui découvre la racine ; la gencive ne repousse pas spontanément.
  • La classification de Cairo (RT1, RT2, RT3), fondée sur l’attache interproximale, prédit ce qu’un recouvrement peut atteindre (Cairo, 2011).
  • Les causes se combinent : brossage traumatique (lien probable mais non concluant selon Heasman, 2015), maladie parodontale, et facteurs anatomiques comme un biotype fin, des malpositions ou des freins.
  • Les conséquences sont l’hypersensibilité, le risque de carie radiculaire et la gêne esthétique (consensus 2018).
  • On corrige d’abord les causes ; le recouvrement par greffe de tissu conjonctif enfoui reste la référence (Cochrane, 2018), avec une prévisibilité qui dépend du type de récession et des preuves de qualité limitée.

Devant une dent qui paraît s’allonger, une racine visible ou une sensibilité au collet, un examen permet de situer la récession, d’en identifier la cause et de dire, honnêtement, ce qu’un traitement peut en attendre.

Questions fréquentes

La gencive peut-elle repousser toute seule ?
Non. Une fois la récession installée, la gencive ne se reconstitue pas spontanément, comme le rappelle aussi l’Assurance Maladie (ameli.fr). On peut arrêter la progression en corrigeant les causes, et dans des cas sélectionnés recouvrir la racine par une chirurgie muco-gingivale, mais il n’existe pas de repousse naturelle du tissu perdu.
Qu'est-ce que la classification de Cairo (RT1, RT2, RT3) ?
C’est la classification de référence des récessions, proposée par Cairo et coll. en 2011 dans le Journal of Clinical Periodontology. Elle se fonde sur la perte d’attache entre les dents : RT1 sans perte interproximale, RT2 avec une perte interproximale inférieure ou égale à la perte vestibulaire, RT3 avec une perte interproximale supérieure. Elle est utile car elle prédit de façon significative le résultat du recouvrement radiculaire.
Un brossage trop fort est-il vraiment responsable de ma récession ?
Il peut y contribuer, mais le lien n’est pas aussi simple qu’on le croit. La revue systématique de Heasman et coll. (2015) conclut que les données reliant le brossage traumatique à la récession restent largement non concluantes. La récession est multifactorielle : elle associe souvent un brossage agressif, un tissu gingival fin et parfois une maladie parodontale. Un brossage doux reste néanmoins recommandé.
Le recouvrement de la racine est-il garanti ?
Non, aucun recouvrement ne peut être garanti. Sa prévisibilité dépend surtout du type de Cairo : le recouvrement complet est réaliste pour une RT1, partiel à complet et moins prévisible pour une RT2, et non prévisible pour une RT3. La revue Cochrane de 2018 retient la greffe de tissu conjonctif comme référence, tout en soulignant que la qualité des preuves est faible à très faible.
Le PRF de Choukroun remplace-t-il la greffe de gencive ?
Non. Le PRF, préparé à partir d’une prise de sang du patient, est un adjuvant. Selon la méta-analyse de Mancini et coll. (2021), la greffe de tissu conjonctif reste le traitement de référence pour le recouvrement radiculaire ; ajouté à une greffe, le PRF n’apporte pas de bénéfice démontré sur le recouvrement, son intérêt se situant surtout au niveau du confort post-opératoire.
Une récession est-elle forcément le signe d'une parodontite ?
Pas toujours. La récession peut accompagner une parodontite, qui détruit l’os et l’attache, mais elle peut aussi survenir sans maladie active, par exemple chez une personne au biotype gingival fin ou avec une dent en malposition. C’est l’examen, avec sondage parodontal, qui permet de faire la différence et de décider de la prise en charge.
La greffe de gencive fait-elle mal, et le palais où l'on prélève est-il douloureux après ?
L’intervention se fait sous anesthésie locale. Après, c’est souvent le palais qui se fait le plus sentir : selon une revue systématique publiée en 2025 (Chong et coll.), la douleur du site de prélèvement est la plus marquée pendant les trois premiers jours puis diminue progressivement, et des pansements ou des protections du palais peuvent la réduire. Une sensation de brûlure ou un léger saignement sont aussi possibles.
Mes dents paraissent plus longues et des espaces apparaissent entre elles : est-ce l'os qui s'en va ?
Pas forcément, mais cela se vérifie. Une dent plus longue traduit une gencive qui a reculé, parfois sans aucune perte d’os entre les dents. Des espaces qui s’ouvrent, des dents qui se décalent ou qui bougent orientent davantage vers une perte d’attache et d’os liée à une parodontite. Seuls le sondage entre les dents et la radiographie permettent de trancher.
Je découvre une récession gingivale : que faire ?
Une récession n’impose pas toujours un traitement : stable, elle peut simplement être surveillée. Passez à une brosse souple, brossez sans appuyer et nettoyez entre les dents en douceur. Faites ensuite examiner la zone : le sondage et, si besoin, une radiographie situent la récession dans la classification de Cairo et en recherchent la cause, comme une maladie des gencives. Signalez une sensibilité au froid ou une récession qui s’aggrave : ce sont des raisons de discuter d’un traitement.

Sources

Références médicales consultées pour cet article.

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