Récession gingivale : causes, risques et traitement
Récession gingivale : définition, classification de Cairo (RT1, RT2, RT3), causes, conséquences et traitement par chirurgie muco-gingivale, sans promesse.
Rédigé et vérifié par la Dre Azelmat · Mis à jour le 9 juin 2026
En bref
Quand la gencive se retire et découvre la racine : ce que signifie une récession, ses causes, ses risques et ce que la chirurgie muco-gingivale peut, ou non, recouvrir.
La récession gingivale, ce que l’on appelle souvent un déchaussement, désigne le déplacement de la gencive vers le bas, qui découvre une partie de la racine de la dent. Selon le rapport de consensus de Cortellini et Bissada, publié en 2018 dans le Journal of Clinical Periodontology à l’issue du workshop mondial sur les maladies parodontales, cette exposition de la surface radiculaire s’accompagne fréquemment d’une gêne esthétique, d’une hypersensibilité dentinaire et de lésions cervicales, cariées ou non. Autrement dit, une gencive qui se retire n’est pas qu’une question d’apparence : elle expose un tissu, le cément puis la dentine, qui n’est pas conçu pour rester à nu.
Une précision s’impose d’emblée, car elle conditionne tout le reste : la gencive ne repousse pas spontanément. Une fois la récession installée, on ne récupère pas le tissu perdu par un simple changement d’habitudes. On peut, en revanche, en arrêter la progression en corrigeant les causes, et parfois recouvrir la racine par une chirurgie muco-gingivale. Mais ce recouvrement n’est ni systématique ni garanti : sa prévisibilité dépend du type de récession. Cet article décrit la définition, la classification de référence, les causes vérifiées, les risques réels et les limites du traitement, sans rien promettre que les données ne soutiennent.
Qu’est-ce qu’une récession gingivale ?
La récession gingivale correspond à la migration du bord de la gencive en direction de la racine, en dessous de la jonction entre l’émail et le cément. La partie de la dent normalement protégée par la gencive se retrouve exposée. C’est ce qui donne l’impression que la dent « s’allonge ».
L’Assurance Maladie (ameli.fr) décrit ce phénomène dans le cadre des maladies des gencives : lorsque la parodontite progresse, les dents se déchaussent, la partie visible semble s’allonger et les dents deviennent hypersensibles en raison de la dénudation des racines. La récession peut toutefois exister en dehors de toute parodontite active, par exemple chez une personne à l’hygiène irréprochable mais au tissu gingival fin. C’est ce qui en fait une situation à la fois fréquente et de causes multiples.
Il est utile de distinguer la récession, qui est un signe clinique, de la gingivite et de la parodontite, qui sont des maladies. Pour comprendre cette frontière entre une simple inflammation et une atteinte des tissus de soutien, notre article parodontite ou gingivite, comprendre la différence apporte les repères essentiels.
La classification de Cairo : RT1, RT2, RT3
Pour décrire une récession et estimer ce qu’un traitement peut en attendre, les parodontistes utilisent aujourd’hui la classification proposée par Cairo et ses collaborateurs, publiée en 2011 dans le Journal of Clinical Periodontology. Elle a largement remplacé l’ancienne classification de Miller, car elle repose sur un critère plus reproductible : le niveau d’attache au niveau des espaces entre les dents, c’est-à-dire en interproximal.
Le principe est le suivant. On compare la perte d’attache mesurée sur la face vestibulaire (côté joue ou lèvre, là où la récession est visible) à celle mesurée entre les dents.
| Type | Définition (perte d’attache interproximale) | Conséquence pratique |
|---|---|---|
| RT1 | Aucune perte d’attache interproximale | Recouvrement complet de la racine envisageable |
| RT2 | Perte interproximale inférieure ou égale à la perte vestibulaire | Recouvrement partiel à complet possible, moins prévisible |
| RT3 | Perte interproximale supérieure à la perte vestibulaire | Recouvrement complet non prévisible |
Selon l’étude de Cairo, ce classement n’est pas qu’une étiquette : il prédit de façon statistiquement significative le résultat du recouvrement radiculaire à six mois. Une étude de fiabilité publiée en 2024 dans la revue Medicina (Fageeh et coll.) confirme que cette lecture, fondée sur l’attache interproximale, est plus reproductible entre praticiens que l’ancien système. Concrètement, plus l’os et l’attache entre les dents sont préservés (RT1), plus on peut espérer recouvrir la racine ; lorsque cette attache interproximale est elle-même détruite (RT3), le tissu manque de support et le recouvrement complet n’est plus prévisible. Cette nuance est au cœur d’un discours honnête : le pronostic se décide avant l’intervention, pas pendant.
Quelles sont les causes d’une gencive qui se retire ?
La récession est presque toujours multifactorielle. Le consensus de 2018 (Cortellini et Bissada) et la littérature parodontale décrivent plusieurs grands ensembles de causes, qui souvent se combinent.
Le brossage traumatique
Un brossage trop appuyé, une brosse à poils durs ou une technique horizontale agressive sont régulièrement mis en cause. Il faut toutefois rester précis sur ce que dit la science. La revue systématique de Heasman et collaborateurs, publiée en 2015 dans le Journal of Clinical Periodontology, conclut que les données permettant d’affirmer ou d’infirmer un lien direct entre le brossage et la récession restent largement non concluantes. Le brossage traumatique est un facteur plausible et fréquemment associé, mais la preuve d’une causalité simple n’est pas établie. La conclusion pratique reste prudente et raisonnable : un brossage doux ne peut pas nuire, et il est sage de corriger une technique agressive sans pour autant désigner le brossage comme seul coupable.
La maladie parodontale
La parodontite détruit l’os et l’attache qui soutiennent la dent. Cette perte se traduit, sur la face vestibulaire, par une migration de la gencive : c’est la récession d’origine parodontale, typiquement de type RT2 ou RT3, puisque l’attache interproximale est elle aussi atteinte. Ici, la récession est le symptôme d’une maladie active qu’il faut d’abord stabiliser.
Les facteurs anatomiques
Certaines bouches sont prédisposées indépendamment de l’hygiène. Le rapport de 2018 souligne que les biotypes parodontaux fins, c’est-à-dire une gencive mince et peu de tissu kératinisé, sont plus à risque de développer une récession. S’y ajoutent :
- les malpositions dentaires : une dent en dehors de l’arcade est recouverte d’une gencive et d’un os plus fins, donc plus fragiles ;
- les freins et brides muqueuses dont la traction tire sur le bord de la gencive ;
- une table osseuse fine ou déhiscente sous la gencive, qui n’offre qu’un support limité.
Ces éléments expliquent pourquoi une récession peut apparaître sur une seule dent, chez une personne par ailleurs en bonne santé bucco-dentaire.
Quels sont les risques et les conséquences ?
Une racine exposée n’est pas un simple problème esthétique, même si l’esthétique compte beaucoup pour les patients. Le consensus de 2018 retient trois conséquences principales.
L’hypersensibilité
La racine n’est pas protégée par l’émail. Une fois le fin cément usé, la dentine se trouve à nu, et ses tubules transmettent la douleur au froid, au chaud, à l’acide ou au contact. C’est l’une des plaintes les plus fréquentes liées à la récession. Le mécanisme et les solutions sont détaillés dans notre article sur la sensibilité dentaire au froid et au chaud.
Le risque de carie radiculaire
La surface radiculaire exposée est plus vulnérable à la carie que l’émail. Le consensus de 2018 cite explicitement les lésions cervicales, cariées comme non cariées, parmi les conséquences de l’exposition radiculaire. La zone du collet est aussi plus difficile à nettoyer correctement, ce qui entretient le risque.
L’esthétique et la progression
La dent paraît plus longue, parfois avec un liseré jaunâtre de racine visible, surtout sur les dents du sourire. Au-delà de l’apparence, une récession non prise en charge peut continuer de progresser si la cause persiste. Il ne s’agit donc pas seulement de confort visuel, mais aussi de préserver l’avenir de la dent.
Comment prend-on en charge une récession gingivale ?
La démarche logique est toujours la même : corriger d’abord les causes, puis envisager un recouvrement seulement quand il est indiqué et réaliste.
Première étape : corriger les causes
Avant toute chirurgie, on s’attaque à ce qui a provoqué la récession. Cela passe par l’apprentissage d’une technique de brossage douce, l’usage d’une brosse souple, l’arrêt des gestes traumatiques, et, lorsque la cause est parodontale, la stabilisation de la maladie. Une parodontite active doit être traitée avant d’envisager tout geste de recouvrement, faute de quoi le résultat serait compromis. Le détartrage et le surfaçage radiculaire constituent le socle de cette phase ; le sujet est développé dans notre article sur les gencives qui saignent, causes et conduite à tenir.
Dans bien des cas, cette première étape suffit : on n’arrête pas une récession en la recouvrant, on l’arrête en supprimant sa cause. La chirurgie ne vient qu’ensuite, et seulement si elle apporte un bénéfice attendu.
Deuxième étape : le recouvrement radiculaire
Quand un recouvrement est indiqué, par exemple pour une demande esthétique sur le sourire, une hypersensibilité rebelle ou une récession qui progresse, on a recours à la chirurgie muco-gingivale. La revue systématique Cochrane de Chambrone et collaborateurs, mise à jour en 2018, a comparé les différentes techniques de recouvrement. Sa conclusion la plus solide est que la greffe de tissu conjonctif enfoui, prélevée le plus souvent au palais et associée à un lambeau déplacé coronairement, reste la référence lorsque l’on recherche à la fois le recouvrement de la racine et un gain de gencive attachée.
Il faut citer cette revue avec la même rigueur qu’elle s’applique à elle-même : les auteurs soulignent que la qualité globale des preuves est faible à très faible, en raison de l’hétérogénéité des études et des risques de biais. Cela ne disqualifie pas la greffe de tissu conjonctif, qui demeure la mieux documentée, mais cela invite à la modestie sur les chiffres et à individualiser chaque indication.
Au cabinet, à Kénitra, ces gestes relèvent de la microchirurgie muco-gingivale, réalisée sous grossissement pour ménager les tissus et favoriser une cicatrisation discrète. C’est une chirurgie fine, délicate, qui ne s’adresse pas à toutes les récessions.
La place du PRF de Choukroun
Le PRF, ou fibrine riche en plaquettes selon la technique de Choukroun, est un concentré préparé à partir d’une petite prise de sang du patient, utilisé comme adjuvant lors de certaines interventions. Sa place doit être présentée sans excès. La méta-analyse de Mancini et collaborateurs, publiée en 2021 dans la revue Medicina, conclut que l’ajout de PRF à un lambeau seul peut améliorer certains paramètres, mais que la greffe de tissu conjonctif reste le traitement de référence pour le recouvrement radiculaire. Lorsqu’on dispose déjà d’une greffe, l’ajout de PRF n’apporte pas de bénéfice démontré sur le recouvrement. Son intérêt principal, selon cette analyse, se situe plutôt du côté du confort post-opératoire. Le PRF est donc un complément utile dans des situations précises, pas une alternative miracle à la greffe.
Peut-on guérir une récession ? La question de la prévisibilité
C’est le point sur lequel il faut être le plus honnête. On ne « guérit » pas une récession au sens où la gencive reviendrait spontanément : le tissu perdu ne se reconstitue pas seul. Ce que l’on peut faire, c’est arrêter la progression en corrigeant la cause, et, dans des cas sélectionnés, recouvrir la racine par chirurgie.
La prévisibilité de ce recouvrement dépend directement du type de Cairo. Pour une récession RT1, avec une attache interproximale intacte, le recouvrement complet est un objectif réaliste. Pour une RT2, il devient partiel à complet, mais moins prévisible. Pour une RT3, où l’attache entre les dents est elle-même détruite, le recouvrement complet n’est plus prévisible, et l’on vise alors une amélioration plutôt qu’une couverture totale. Cette logique, issue des travaux de Cairo, est la raison pour laquelle un examen avec sondage précis précède toujours toute proposition chirurgicale.
Le résultat dépend aussi de facteurs individuels : épaisseur du tissu, tabac, hygiène, profondeur de la récession. Annoncer un recouvrement complet garanti, quel que soit le cas, ne serait pas conforme à ce que montre la littérature. L’objectif réaliste est une amélioration durable du recouvrement, de la sensibilité et de l’esthétique, adaptée à chaque situation.
À retenir
- La récession gingivale est le déplacement de la gencive qui découvre la racine ; la gencive ne repousse pas spontanément.
- La classification de Cairo (RT1, RT2, RT3), fondée sur l’attache interproximale, prédit ce qu’un recouvrement peut atteindre (Cairo, 2011).
- Les causes se combinent : brossage traumatique (lien probable mais non concluant selon Heasman, 2015), maladie parodontale, et facteurs anatomiques comme un biotype fin, des malpositions ou des freins.
- Les conséquences sont l’hypersensibilité, le risque de carie radiculaire et la gêne esthétique (consensus 2018).
- On corrige d’abord les causes ; le recouvrement par greffe de tissu conjonctif enfoui reste la référence (Cochrane, 2018), avec une prévisibilité qui dépend du type de récession et des preuves de qualité limitée.
Devant une dent qui paraît s’allonger, une racine visible ou une sensibilité au collet, un examen permet de situer la récession, d’en identifier la cause et de dire, honnêtement, ce qu’un traitement peut en attendre.
Questions fréquentes
La gencive peut-elle repousser toute seule ?
Qu'est-ce que la classification de Cairo (RT1, RT2, RT3) ?
Un brossage trop fort est-il vraiment responsable de ma récession ?
Le recouvrement de la racine est-il garanti ?
Le PRF de Choukroun remplace-t-il la greffe de gencive ?
Une récession est-elle forcément le signe d'une parodontite ?
Sources
Références médicales consultées pour cet article.
- 1Cairo F, Nieri M, Cincinelli S, Mervelt J, Pagliaro U. The interproximal clinical attachment level to classify gingival recessions and predict root coverage outcomes. J Clin Periodontol. 2011;38(7):661-666 (PMID 21507033)
- 2Cortellini P, Bissada NF. Mucogingival conditions in the natural dentition: Narrative review, case definitions, and diagnostic considerations. J Clin Periodontol. 2018;45 Suppl 20:S190-S198 (PMID 29926504)
- 3Heasman PA, Holliday R, Bryant A, Preshaw PM. Evidence for the occurrence of gingival recession and non-carious cervical lesions as a consequence of traumatic toothbrushing. J Clin Periodontol. 2015;42 Suppl 16:S237-S255 (PMID 25495508)
- 4Chambrone L, Tatakis DN, et al. Root coverage procedures for treating localised and multiple recession-type defects. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2018 (CD007161.pub3 ; PMC6517255)
- 5Mancini L, Tarallo F, Quinzi V, Fratini A, Mummolo S, Marchetti E. Platelet-Rich Fibrin in Single and Multiple Coronally Advanced Flap for Type 1 Recession: An Updated Systematic Review and Meta-Analysis. Medicina (Kaunas). 2021;57(2):144 (PMID 33562581)
- 6Fageeh HI, Fageeh HN, Bhati AK, et al. Assessing the Reliability of Miller's Classification and Cairo's Classification in Classifying Gingival Recession Defects: A Comparison Study. Medicina (Kaunas). 2024 (PMC10890451)
- 7ameli.fr (Assurance Maladie). Comprendre la maladie des gencives : gingivite et parodontite
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