Une chirurgie des gencives peut être proposée quand le nettoyage profond ne suffit pas : quelques semaines après ce nettoyage, certaines poches restent profondes. Une poche est l’espace qui s’est creusé entre la gencive et la racine. Au fond de ces poches, du tartre peut rester. La chirurgie à lambeau consiste alors à écarter doucement la gencive, sous anesthésie locale, pour nettoyer la racine à vue, puis à la refermer par quelques points. Elle ne veut pas dire que la dent est perdue. Elle ne fait pas non plus repousser tout l’os perdu : seules certaines formes de perte osseuse s’y prêtent, et en partie. Les jours suivants demandent des repas mous et une hygiène adaptée.
Vous avez fait un nettoyage profond de vos gencives, en plusieurs séances. Au contrôle, on vous dit que deux ou trois zones restent à traiter, et le mot « chirurgie » est prononcé. Est-ce grave ? La dent est-elle condamnée ? Comment allez-vous manger les jours suivants ? Le parcours complet des soins au cabinet est résumé sur la page parodontologie à Kénitra.
Pourquoi une chirurgie quand le nettoyage profond ne suffit pas ?
Parce qu’une poche très profonde se nettoie mal sans la voir. Le nettoyage profond sous la gencive retire le tartre et les bactéries collés aux racines. Dans une poche modérée, il suffit souvent. Dans une poche très profonde, l’instrument travaille à l’aveugle et des dépôts peuvent rester au fond.

Le guide de la Fédération européenne de parodontologie, l’EFP (Sanz et coll., 2020), fixe un objectif après le traitement : des poches de 4 mm ou moins, qui ne saignent pas quand on les mesure. Pour les poches qui restent, il distingue deux cas :
- une poche de 4 à 5 mm : il suggère de refaire un nettoyage profond de la zone ;
- une poche de 6 mm ou plus : il suggère une chirurgie à lambeau, pour atteindre la racine.
Ce choix s’appuie sur une revue de 36 publications (Sanz-Sánchez et coll., 2020). Sur les poches profondes, ouvrir la gencive réduit davantage la poche que le nettoyage sous la gencive seul. L’écart moyen reste modeste, inférieur à un millimètre. Sur des poches peu profondes, en revanche, l’ouverture n’apporte pas cet avantage et peut même faire perdre un peu d’attache, c’est-à-dire de gencive fixée à la racine. La chirurgie vise donc des dents précises, jamais toute la bouche par principe.
Que mesure la réévaluation des gencives après un nettoyage profond ?
La réévaluation est un rendez-vous de mesure, quelques semaines après le nettoyage profond, le temps que la gencive dégonfle. On mesure alors, dent par dent, la profondeur de chaque poche avec une sonde, une fine tige graduée, et on note si elle saigne. Une radiographie peut compléter l’examen pour voir le niveau de l’os.
Ces chiffres ne suffisent pas à décider. L’examen regarde aussi :
- le nettoyage que vous faites chez vous, surtout entre les dents ;
- le tabac : la fiche patient des hôpitaux de Leeds (2025) précise que la chirurgie n’est en général pas adaptée chez une personne qui fume ;
- votre santé générale, par exemple un diabète ou un traitement au long cours.
Le guide de l’EFP recommande de ne pas opérer tant que l’hygiène à la maison n’est pas suffisante. Ce n’est pas un reproche : sans ce nettoyage quotidien, le bénéfice de l’intervention ne tient pas.
Vous avez peut-être déjà eu un nettoyage profond il y a quelque temps, et vos gencives saignent encore. La démarche reste la même : un nouvel examen complet, puis des mesures à jour. Si vous avez gardé des radiographies ou un compte rendu de ces soins, apportez-les au bilan : ils aident à comparer. Qu’une partie des poches reste profonde après un premier nettoyage est prévu par le guide de l’EFP, qui leur consacre une étape entière du traitement. Quand le suivi s’est interrompu, la maladie peut aussi reprendre, comme l’explique notre article sur les séances de maintenance.
Une chirurgie à lambeau, qu’est-ce que c’est ?
Le mot « lambeau » désigne simplement la gencive que l’on soulève, un peu comme le rabat d’une enveloppe. La fiche patient des hôpitaux de Leeds décrit le déroulé, dans cet ordre :

- la zone est endormie, puis la gencive est décollée et écartée doucement de la racine ;
- le tissu malade est retiré de la poche et la racine est nettoyée à vue, jusqu’au fond ;
- pour une chirurgie de régénération, un gel ou un matériau de greffe peut être placé dans le creux de l’os ;
- la gencive est replacée et tenue par des points de suture.
Quand la gencive et l’os sont remodelés pour réduire la poche, on parle de chirurgie « résective ». Le guide de l’EFP la cite pour les poches de 6 mm ou plus, en prévenant qu’elle peut faire descendre la gencive.
Ouvrir la gencive ne veut pas dire que la dent est perdue. Le but est inverse : garder une dent dont la poche reste trop profonde pour être soignée autrement. C’est l’examen qui dit si une dent peut être gardée, et aucune intervention ne l’assure à l’avance.
Comment se passe une chirurgie des gencives, le jour même ?
Le plus souvent, elle se fait sous anesthésie locale : la zone est endormie par une injection et vous restez éveillé. Si les soins vous angoissent, dites-le dès le bilan.
La durée dépend du nombre de dents traitées et du geste choisi. La fiche de Leeds indique que le rendez-vous complet peut aller jusqu’à trois heures. La durée prévue pour votre cas vous est indiquée avant l’intervention.
À la fin, la gencive est fermée par des points de suture. Certains fils se résorbent seuls. Les autres sont retirés lors d’un contrôle, en général une à deux semaines après, selon la fiche de l’hôpital Guy’s and St Thomas’ de Londres (2026).
Peut-on faire repousser l’os perdu ?
Parfois, en partie, et seulement pour certaines formes de perte osseuse. C’est la limite la plus importante à connaître avant d’accepter une chirurgie.

Autour d’une dent malade, l’os peut baisser de deux façons. Il peut baisser à plat, sur une large zone. Il peut aussi se creuser en un sillon étroit le long d’une racine : on parle de défaut « vertical ». La chirurgie dite de régénération vise surtout ce second cas. Le guide de l’EFP la recommande quand ce creux atteint au moins 3 mm de profondeur, ainsi que pour certaines atteintes entre les racines des molaires.
Pendant l’intervention, on place dans le creux, selon le cas :
- une membrane, posée comme une barrière, qui laisse à l’os le temps de se reformer sous la gencive ;
- un gel de protéines qui aide les tissus à se reformer autour de la racine ;
- des grains de matériau de greffe osseuse, en général associés à l’un des deux.
Les résultats sont réels mais limités. La revue de Nibali et coll. (2020) réunit 79 essais. Par rapport à un lambeau seul, la régénération apporte en moyenne un gain d’attache d’un peu plus d’un millimètre. Les auteurs jugent la solidité des preuves faible à modérée : ce chiffre est une moyenne d’études, pas une prévision pour votre dent. Quand l’os a baissé à plat, le but de la chirurgie reste surtout de nettoyer et de réduire la poche.
Le PRF, un concentré tiré de votre propre sang, est parfois ajouté pour accompagner la cicatrisation ; il ne remplace ni le geste ni le matériau. Deux sujets voisins ont leur propre article : la greffe de gencive quand la gencive se retire, et ce que le laser apporte, ou non, aux gencives.
Que ressent-on les jours suivants, et que peut-on manger ?
Une gêne et un gonflement sont attendus. D’après la fiche de Guy’s and St Thomas’, le gonflement peut mettre deux à trois jours à apparaître et jusqu’à deux semaines à disparaître. La gêne, elle, va en général mieux au bout d’une semaine. Un peu de sang dans la salive les deux premiers jours est habituel.
Pour les repas, la même fiche conseille des aliments mous pendant environ une semaine, en mâchant de l’autre côté. Quelques idées :
- une soupe mixée, une purée, une semoule fine ;
- des œufs brouillés, un poisson émietté, des légumes bien cuits ;
- un yaourt, un raïb ou une compote.
Ne brossez pas la zone opérée tant qu’on ne vous l’a pas dit, mais brossez les autres dents comme d’habitude. Si un bain de bouche vous est prescrit, suivez l’ordonnance. Évitez le sport et l’alcool pendant au moins 24 heures. Le tabac, lui, gêne la cicatrisation des gencives.
Côté travail, la fiche de Leeds conseille de prendre si possible la journée de l’intervention ; la suite dépend de l’étendue du geste et de votre métier.
Après l’intervention, les dents peuvent paraître plus longues, avec des espaces plus visibles entre elles, et être plus sensibles au chaud ou au froid. D’après la fiche londonienne, l’aspect des dents dépend de la façon dont la gencive a été remodelée.
Appelez l’équipe qui vous a opéré si un saignement continue malgré 30 minutes de compression sur une compresse, si la douleur ne s’améliore pas au bout d’une semaine ou s’aggrave nettement, ou si le gonflement augmente encore après les premiers jours ou s’accompagne de fièvre.
Anticoagulants ou maladie du cœur : que faut-il prévoir ?
Si vous prenez un médicament qui fluidifie le sang, anticoagulant ou antiagrégant plaquettaire, signalez-le dès le bilan, avec la liste écrite de vos médicaments. N’arrêtez jamais seul un traitement qui fluidifie le sang : son arrêt expose au risque de caillot, donc d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral.
Un guide écossais destiné aux équipes dentaires (SDCEP, 2022) classe la chirurgie des gencives parmi les gestes à risque de saignement plus élevé. Il rappelle aussi que la plupart de ces patients peuvent être soignés, et que beaucoup de soins, dont le nettoyage sous la gencive, se font sans interrompre le traitement. Pour une chirurgie, la conduite dépend du médicament et de votre situation. Elle est fixée par le dentiste, en lien si besoin avec le médecin qui vous le prescrit, votre cardiologue par exemple. Sur place, les points de suture et la compression aident à contrôler le saignement.
Une maladie du cœur, un diabète ou un autre traitement au long cours se signalent de la même façon : le guide de l’EFP demande d’en tenir compte avant toute chirurgie. Selon la Société européenne de cardiologie (Delgado et coll., 2023), certaines maladies du cœur, comme une valve cardiaque artificielle ou une endocardite passée (une infection du cœur), demandent une précaution avant les soins qui touchent la gencive. Avant un implant, une greffe ou une extraction, ces questions se posent aussi : l’article sur les médicaments, la santé et l’âge face à un implant les reprend situation par situation.
En résumé
Une chirurgie des gencives n’est proposée qu’après la réévaluation, pour des poches restées profondes malgré le nettoyage profond et une bonne hygiène à la maison. Le lambeau ouvre la gencive pour nettoyer la racine à vue. L’os perdu ne repousse que pour certaines formes de perte, et en partie. Les jours suivants demandent des repas mous, une hygiène douce autour de la zone et un contrôle pour les fils. Ensuite, les séances de maintenance restent la base pour garder le résultat.
Ces repères ne remplacent pas un examen. Pour savoir si une chirurgie se discute dans votre cas, et laquelle, prenez rendez-vous pour un bilan. Le bilan ne vous engage à aucun traitement.
Questions fréquentes
Une chirurgie des gencives fait-elle mal ?
Combien de temps après le nettoyage profond parle-t-on de chirurgie ?
Faut-il s'arrêter de travailler après une chirurgie des gencives ?
Peut-on refuser une chirurgie des gencives ?
Sources
Références médicales consultées pour cet article.
- 1Sanz et coll. (EFP), 2020, traitement de la parodontite des stades I à III, recommandation S3, Journal of Clinical Periodontology
- 2Sanz-Sánchez et coll., 2020, chirurgie à lambeau comparée au nettoyage sous la gencive, Journal of Clinical Periodontology
- 3Nibali et coll., 2020, chirurgie de régénération des défauts osseux verticaux, Journal of Clinical Periodontology
- 4Guy's and St Thomas' NHS Foundation Trust, 2026, récupération après une chirurgie des gencives
- 5Leeds Teaching Hospitals NHS Trust, 2025, chirurgie parodontale, information patient
- 6SDCEP (NHS Scotland), 2022, soins dentaires des patients sous anticoagulants ou antiagrégants
- 7Delgado et coll. (ESC), 2023, recommandations sur la prise en charge de l'endocardite, European Heart Journal
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