Le déchaussement des dents, c’est la perte progressive de ce qui tient une dent en place : la gencive se décolle de la racine et l’os qui l’entoure diminue. Sa cause principale n’est ni l’âge ni l’hérédité, mais une inflammation qui dure, entretenue par la plaque dentaire : la parodontite. L’hérédité, le tabac, le diabète et peut-être le stress rendent certaines personnes plus sensibles à cette inflammation. L’âge compte surtout parce que les dégâts s’additionnent au fil des années. Et comme cette perte d’os est lente et se passe sous la gencive, elle se fait le plus souvent sans avoir mal : elle se mesure à l’examen, pas à la douleur.
Au dernier contrôle, on vous a dit que vous aviez perdu de l’os autour de certaines dents. Vous n’avez jamais eu mal. Votre mère portait un dentier avant cinquante ans, et quelqu’un a conclu : « C’est l’âge, ou c’est de famille. On n’y peut rien. » Cette phrase mélange ce qui ne se change pas et ce qui se change.
Le bilan et le suivi des gencives au cabinet sont décrits sur la page parodontologie et soins des gencives.
Le déchaussement des dents, c’est quoi exactement ?
Une dent n’est pas plantée directement dans l’os. Elle tient grâce à un ensemble de tissus appelé parodonte : la gencive, un fin ligament qui accroche la racine, et l’os qui l’entoure. Le déchaussement touche ce support.

La plaque dentaire, un film de bactéries qui se reforme chaque jour, s’accumule au bord de la gencive. La gencive s’enflamme : elle rougit, gonfle et saigne au brossage. C’est la gingivite, encore réversible.
Chez certaines personnes, l’inflammation descend plus bas. L’accroche entre la gencive et la racine se défait, et un espace se creuse le long de la racine : une poche. En réaction à cette inflammation, l’organisme résorbe peu à peu l’os autour de la racine. Quand l’os a assez diminué, la dent peut bouger ou se déplacer.
Pourquoi vous, et pas votre voisin qui se brosse les dents de la même façon ? Parce que la réaction à la plaque varie d’une personne à l’autre.
La poche, le diagnostic et le classement de la maladie en stades et en grades sont détaillés dans l’article sur la gingivite et la parodontite.
Pourquoi n’avez-vous jamais eu mal ?
Parce que cette maladie avance lentement, sur des années, et qu’une inflammation qui dure fait rarement mal. L’Assurance Maladie le note aussi : au début, la maladie des gencives ne fait souvent pas mal.
Les douleurs dentaires vives viennent le plus souvent du nerf situé à l’intérieur de la dent, irrité par une carie profonde par exemple, ou d’une infection aiguë. La parodontite, elle, se passe à l’extérieur de la racine. La dent peut rester vivante et calme, même quand son support a beaucoup diminué.
Les changements sont aussi très progressifs : une dent qui bouge un peu plus chaque année ne se remarque pas d’un jour à l’autre. Chez les fumeurs, le saignement des gencives peut même être masqué, comme l’explique l’article sur ce que le tabac fait aux gencives.
La douleur arrive parfois, mais tard ou par poussées, par exemple lors d’un abcès de la gencive, une infection localisée. « Je n’ai pas mal » ne veut donc pas dire « tout va bien ». Et « c’est avancé » peut être exact même si vous ne sentez rien.
Dent qui paraît plus longue ou os qui disparaît : comment faire la différence ?
Le mot déchaussement recouvre souvent deux situations différentes.

La récession gingivale est ce que vous voyez : le bord de la gencive descend et découvre une partie de la racine. La dent paraît plus longue, parfois sensible au froid. Cela peut venir d’un brossage trop appuyé ou d’une gencive fine, sans maladie des gencives, comme l’explique l’article sur la gencive qui se retire.
La perte d’os autour des dents se passe sous la gencive. La gencive peut rester à sa place, ou même paraître gonflée, pendant qu’une poche se creuse et que l’os diminue en dessous. Les deux peuvent se combiner : au cours d’une parodontite, la gencive finit souvent par se rétracter elle aussi.
Ce que vous pouvez remarquer :
- une gencive qui saigne au brossage ;
- une dent qui paraît plus longue ou devient sensible ;
- des espaces qui s’ouvrent entre les dents, ou des dents qui se déplacent ;
- une dent qui bouge, ou un mauvais goût qui persiste.
Ce que seul l’examen montre : la profondeur des poches, mesurée dent par dent avec une petite règle graduée appelée sonde, et le niveau de l’os, visible sur la radiographie. Aucun signe, pris seul, ne dit combien d’os a été perdu.
Si une perte d’os a été vue sur une radiographie, sa gravité ne se juge pas à l’image seule. On regarde quelle part de la racine a perdu son support, combien de dents sont concernées et si la gencive saigne encore au sondage, signe d’une maladie encore active. Une perte ancienne et stable n’a pas le même sens qu’une maladie qui progresse. Les conséquences dépendent de cet examen.
Mes parents ont perdu leurs dents tôt : est-ce héréditaire ?
En partie. L’Assurance Maladie indique que, dans certains cas, il existe une prédisposition génétique à la maladie des gencives. La revue de Nibali et coll. (2019), qui regroupe 28 études et plus de 50 000 personnes, estime que les gènes expliquent jusqu’à un tiers des différences observées entre les personnes. Cette part semble plus forte dans les formes sévères.
Ce chiffre décrit des populations, pas votre risque personnel, et laisse une large place au reste. Une famille partage aussi des habitudes : le tabac, la façon de se brosser les dents, le recours aux contrôles. Plusieurs facteurs connus se modifient : la plaque, le tabac, un diabète mal équilibré.
Si vos parents ont perdu leurs dents jeunes, dites-le lors de l’examen. Cette information aide à interpréter les mesures et à fixer le rythme du suivi. Pour vos enfants, elle ne prédit rien avec certitude ; elle invite surtout à leur apprendre tôt un brossage soigneux.
Et si l’on vous parle de perte d’os à 30 ou 35 ans ?
À cet âge, une perte d’os nette ne s’explique pas par l’âge. Elle évoque plutôt une forme qui avance plus vite que la moyenne. Depuis la classification internationale de 2018 (Papapanou et coll.), cette vitesse est notée par un grade, de A (lente) à C (rapide). Pour l’estimer, on rapporte notamment la perte d’os à l’âge : la même perte n’a pas le même sens à 35 ans qu’à 70 ans. Les formes autrefois dites « agressives », qui touchaient surtout des personnes jeunes, entrent dans ce cadre.
Un grade élevé n’est pas une sentence. Il signale surtout qu’un suivi plus rapproché et une attention particulière aux facteurs modifiables se discutent.
Est-ce l’âge qui fait perdre les dents ?
Pas à lui seul. Tonetti et coll. (2017), dans un consensus européen consacré aux personnes âgées, le résument ainsi : les atteintes des gencives augmentent avec l’âge, mais pas forcément à cause de l’âge lui-même.
La raison tient au temps : une perte d’os, même lente, s’additionne d’année en année, tout comme les années d’exposition à la plaque, au tabac ou à un diabète. Le vieillissement des défenses de l’organisme pourrait aussi jouer, mais les preuves solides manquent encore.
Perdre ses dents en vieillissant n’est donc pas une règle. Le même consensus note d’ailleurs que, dans plusieurs pays, les personnes âgées gardent aujourd’hui plus de dents qu’autrefois.
À plus de 60 ans, cela vaut-il encore la peine ?
Sur ce point, le consensus est net : les maladies des gencives se préviennent et se traitent aussi chez les personnes âgées. Il recommande de ne pas décider de garder ou non une dent selon l’âge, mais notamment selon l’autonomie, la fragilité, le confort et la qualité de vie.
L’os déjà perdu ne repousse pas de lui-même. Le but des soins est d’arrêter la progression et de garder ce qui peut l’être. Ce qui est possible pour vos dents se décide à l’examen, dent par dent.
Le stress peut-il déchausser les dents ?
Il peut y contribuer, mais il ne suffit pas. Sans plaque dentaire, le stress ne crée pas de parodontite.
La revue de Peruzzo et coll. (2007) a analysé 14 études : la majorité trouvent un lien entre le stress, ou d’autres facteurs psychologiques, et la maladie des gencives. Les auteurs restent prudents. Il s’agit surtout d’études d’observation, qui montrent un lien sans prouver une cause, et des travaux mieux conçus restent nécessaires.
Deux pistes sont avancées. Le stress modifie les défenses de l’organisme et sa façon de réagir à l’inflammation. Il change aussi les habitudes : brossage négligé, cigarettes en plus. L’Assurance Maladie note d’ailleurs que les périodes de fatigue ou de stress favorisent la gingivite.
Si vos gencives saignent pendant une période difficile, la plaque reste donc la première piste à faire vérifier.
Une vieille infection sous une dent peut-elle avoir « mangé » l’os ?
Oui. C’est une autre cause de perte d’os autour d’une dent encore en place, qui ne part pas de la gencive mais de l’intérieur de la dent.

Quand le nerf d’une dent meurt, par exemple après une carie profonde ou un choc, des bactéries peuvent s’installer dans le canal de la racine. Elles atteignent l’os par le bout de la racine. L’os s’y résorbe et laisse place à un tissu inflammatoire. Sur la radiographie, cela donne une zone sombre et arrondie à l’extrémité de la racine. Le plus souvent, cette zone ne fait pas mal, sauf lors d’une poussée, et elle est découverte sur une radiographie de routine.
Le mot « kyste » inquiète souvent. Sur une radiographie, une infection ancienne et un kyste au bout de la racine peuvent se ressembler. Selon Karamifar et coll. (2020), seule une analyse du tissu au laboratoire les distingue avec certitude, et elle se fait rarement.
Ne confondez pas cette situation avec la parodontite. L’os perdu le long des racines par une parodontite ne repousse pas de lui-même. Au bout de la racine, c’est différent. Une fois l’infection traitée, le plus souvent par un traitement de la racine, la dévitalisation, l’os s’y reconstitue souvent peu à peu, à partir de l’os sain qui entoure la zone. Les mêmes auteurs précisent que la guérison complète peut prendre jusqu’à quatre ans dans certains cas, et que certaines lésions persistent. Des radiographies de contrôle suivent cette évolution.
Enfin, après l’extraction d’une dent, l’os qui l’entourait se résorbe aussi : l’article sur l’os qui manque pour un implant l’explique.
En résumé
Le déchaussement des dents est le plus souvent une parodontite : une inflammation partie de la plaque, qui descend sous la gencive et fait perdre l’os, lentement et souvent sans avoir mal. Il se mesure au sondage et sur la radiographie, pas dans le miroir. L’hérédité explique une partie de la sensibilité, pas tout. L’âge compte surtout par le temps écoulé. Le stress peut s’ajouter, sans suffire. Une vieille infection au bout d’une racine est une cause à part, qui se soigne par la racine.
La phrase « c’est l’âge, on n’y peut rien » ne décrit donc qu’une partie de la réalité. Ce que vous pouvez changer se précise à l’examen, que cet article ne remplace pas. Pour savoir où en sont vos gencives et l’os autour de vos dents, fixez un bilan. Le bilan ne vous engage à aucun traitement.
Questions fréquentes
Le déchaussement des dents est-il héréditaire ?
Peut-on perdre de l'os autour des dents sans avoir mal ?
Une dent qui paraît plus longue signifie-t-elle une perte d'os ?
À plus de 60 ans, cela vaut-il encore la peine de soigner ses gencives ?
Sources
Références médicales consultées pour cet article.
- 1Assurance Maladie (ameli.fr), 2025, maladie des gencives : définition, causes et symptômes
- 2Papapanou et coll. (EFP/AAP), 2018, rapport de consensus sur la parodontite et sa classification, Journal of Clinical Periodontology
- 3Nibali et coll., 2019, part héréditaire de la parodontite, revue systématique, Journal of Dental Research
- 4Tonetti et coll. (EFP/ORCA), 2017, caries et maladies des gencives chez les personnes âgées, Journal of Clinical Periodontology
- 5Peruzzo et coll., 2007, stress et facteurs psychologiques dans la maladie parodontale, revue systématique, Journal of Periodontology
- 6Karamifar et coll., 2020, lésions infectieuses au bout de la racine, European Endodontic Journal
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